Noël, ses fêtes et ses cadeaux …
Le fils
Je suis allongé sur mon lit. Cela fait deux jours que je suis chez mes parents pour passer les fêtes de fin d’année. J’ai pris ma décision depuis quelques semaines. Je vais leur annoncer que ma vie ne sera pas tout à fait celle qu’il imagine pour moi. Je suis gay. « Pédé » comme dirait mon père devant son poste de télévision en regardant certains artistes… Peu m’importe. Je suis décidé. Ce poids me pèse trop. Je ne suis encore jamais tombé amoureux mais je n’ai pas envie de faire saigner mon cœur le jour où cela m’arrivera à jongler entre ma famille et la personne que j’aime.
La mère & le père
- Tu ne trouves pas qu’il est un peu distant depuis qu’il est chez nous ?
- Probablement une fille, tu sais ce que c’est les amoureux quand on les sépare plus de deux jours !
- Je ne sais pas, enfin il est avec nous pour Noël, ça me fait plaisir qu’il soit là.
- Moi aussi !
la sœur & le fils
- Ca va toi ?
- Très bien oui
- On ne dirait pas comme ça mais ça me fait plaisir que tu sois venu nous voir depuis le temps
- Rien ne t’empêche de venir me voir
- Mouais, bon tu sais … entre l’école et les mecs, j’ai pas trop le temps
- T’es incorrigible toi !
- Et toi bien trop sage à mon goût
- Ce n’est pas si facile, tu sais
- Qu’est ce qui n’est pas « si facile » ?
Il s’approche d’elle et l’enlace et serre fort dans ses bras et l’embrasse sur le front
La fille & la mère
- Il est trop bizarre ton fils
- Je te rappelle que c’est ton frère
- Oui, mais … enfin bon.
- Quoi, il t’a dit quelque chose ?
- Que voudrais tu qu’il me dise de particulier ?
- Je le trouve bizarre
- Faut dire qu’avec les gènes qu’il a hérité le pauvre … il n’est pas gâté, je me demande comment je m’en suis sortie
La sœur sort de la cuisine en rigolant..
La père & le fils
- Ca va mon grand ? T’es pas très bavard, ça se passe bien au moins ?
- Oui, tout va bien, et toi ?
- Je ne sais pas… bon tu m’aides à faire le sapin ?
- Pfff, oui si tu veux
- Cache ta joie !
- Allez allez, on y va..
La mère & le père
- il t’a parlé un peu ?
- Rien de passionnant.
- Il n’est pas malade au moins ?
- Je ne pense pas, il nous le dirait sinon.
La fils
C’est difficile, je me sens bouillir de l’intérieur quand ils cherchent me parler, j’esquive le plus les conversations car j’ai envie de leur crier que je suis gay. Pas tant pour les provoquer ou les choquer, mais pour leur dire qui je suis vraiment. Ma sexualité ne me définit pas, mais elle fait partie de moi. Et je n’ai pas envie de vivre cacher d’eux. Car quoi ils en pensent je les aime. J’ai une peur viscérale de les décevoir en leur annonçant mais je ne vois pas d’autres alternatives que de me confier et peut être de trouver un peu de réconfort…
Ma nuit est mouvementée, emplie de cauchemars où je ressens au fond de moi une sensation glaciale qui me paralyse. Mon réveil est comme une libération, même si je suis fatigué, je crois que je préfère être dans ce monde conscient…
La mère & la soeur
- Il t’a appelé pour te demander pour les cadeaux cette année ?
- Non, je pensais qu’il t’avait téléphoné ?
- Non plus…
- Tu as vu quelque chose quand il est arrivé ?
- Non
Le fils & le père
- Papa, tu me prêtes ta voiture, je voudrais faire deux trois courses
- Les clefs sont là, prends les papiers et fais gaffe
- Merci !
Le fils
Je n’ai encore pas fait les cadeaux, je sens que ça va être l’enfer de les acheter au dernier moment. Je n’aime pas la foule. Je la fuis même.
Ce fût un enfer et je n’aime pas les cadeaux que j’ai trouvés, mais au moins, j’en ai un pour chacun.
Sur le chemin du retour j’ai le choix d’entrer dans un arbre, de prendre la fuite avec la voiture ou de rentrer chez eux.
J’ai choisi la dernière option…
La famille
- Joyeux Noël !
- Joyeux Noël !
Le fils
Est-ce là une bonne idée ? J’ai décidé de ne pas leur dire mais de leur écrire. Comment vont-ils réagir ? Je n’ai qu’une envie : vomir. Entre l’alcool et toute cette nourriture je me demande quand je vais enfin m’évanouir en milliers de petites billes d’eau pour disparaitre à jamais au milieu de ce repas qui me semble éternel. Trop tard pour reculer.
La famille
- C’est l’heure des cadeaux !
- Je les distribue
- Si tu veux
Le fils
Ils ouvrent leurs cadeaux, je leur ai juste demandé d’ouvrir le mien en dernier. Je plie nerveusement le papier de chacun des présents qu’ils m’ont faits.
Ma mère ouvre l’enveloppe et commence à la lire. Une goute d’eau glacée parcoure ma colonne vertébrale.
Ma sœur s’écrit « je le savais ! » et viens m’embrasser et m’enlacer
Ma mère à terminé de le lire et me regarde. Un sourire et une larme naissent sur son visage
Mon père quitte la pièce.
Le silence est lourd…
Ma sœur me dit à l’oreille qu’elle va chercher mon père.
Je vais vers ma mère.
La mère & le fils
- Je ne sais pas quoi te dire, mais je te remercie de ta franchise. Je ne sais pas quoi te dire chéri. C’est ta vie. Ca me fait mal. J’ai des tas de questions. Qu’ai-je donc pu faire de mal dans ton éducation
- Maman, tu n’as rien fait de mal, tu m’as aimé comme un fils, c’est moi, c’est come ça, je n’y peux rien
- Mais tu as déjà eu des petites amies, as-tu déjà essayé ?
- Non, je n’en ai pas envie
- Mais on ne peut pas dire si …
- Maman, c’est comme ça.
- Je ne souhaite que ton bonheur, où est passé ton père ?
- Il est sorti, je vous ai écrit la même chose à tous
- Oh mon dieu !
La fille & le père
- Papa tu fais quoi là ?
- Je suis allé chercher le champagne
- Ne me prends pas pour une conne
- Ecoute, je n’ai rien à dire
- Papa tu parles maintenant, il ne sait plus où il en est là
- Ce n’est pas mon problème
- C’est ton fils
- Il parait, oui …
- Non mais tu t’entends parler ou quoi ? si je t’annonçais que j’étais gouine tu douterais de l’amour que tu me portes ?
- C’est différent
- Comment ça c’est différent ? Car c’est un homme et que je suis une fille ?
- Ecoute, je n’ai rien à dire, je n’ai rien à lui dire.
- Je pense que non, tu ne vas pas t’en sortir comme ça
- Lâche moi tu veux !
La mère & la fille
- Où est passé ton père ?
- Dans la cuisine, c’est un sacré conard
- Tu ne parles pas de ton père comme ça tu veux !
- Maman je suis gouine !
- Arrête ton jeu tu veux, … ce n’est pas drôle, ton frère est malade
- Mais il n’est pas malade il est juste gay !
- Oui, donc tout ne va pas bien pour lui
- Maman, je te croyais moins coincée
- Je ne comprends pas, je ne comprends pas…
- Il n’y a rien à comprendre, c’est comme ça
- Je suis une grande fille … ce qui m’inquiète c’est ton père
- Et lui ?... Ton fils ? ….
- Je l’aime, il le sait, je lui ai dit
- Désolée maman…
Elles s’embrassent…
Le père & la mère
- Où sont les coupes de champagnes ?
- Dans le meuble là-bas, tu le sais très bien
- J’espère que tu ne viens pas m’insulter aussi ?
- Non, je viens juste te dire que tu ne peux pas fuir et le laisser comme ça, sans rien lui dire
- Je ne peux pas, je n’y arrive pas.
- Il va bien falloir
- Mais qu’est ce qui nous arrive ?
- Rien, c’est sa vie, pas la nôtre,
- Tu sais ce qu’on dit sur les hommes qui aiment les hommes …
- Tu fais confiance à l’éducation qu’on lui a donné ou pas ?
- …
- Ramène les coupes et dépêche toi !
la sœur & le fils
- Putain, t’as lâché la bombe là !
- Y a rien de drôle tu sais
- Je sais, bon écoute, c’est Noël, au moins on va se souvenir de celui-là à vie
- Tu aimes ton cadeau au moins ?
- Lequel ? que mon frère va entrer en concurrence avec moi en matière de mecs ?
- Pétasse !
- Pédé !
- Je t’aime
- Moi aussi, t’es trop con…
La famille
…
- papa, ..
- Joyeux Noël mon fils
- Papa, ..
- Non pas maintenant, s’il te plait.
La sœur sort de la pièce, énervée, claquant chaque porte qu’elle passe…
Le fils
Voilà, c’est fait … mon père ne m’a pas parlé, il m’a juste souhaité encore un joyeux noël, m’a embrassé froidement et est parti se coucher. Ma sœur est venue me voir, elle le prend bien et semble l’accepter. Ma mère est venue me dire qu’elle m’aime…
Je m’endors plus serein que la veille … mais ma nuit n’est pas plus calme.
Le déjeuner de Noël est sauvé grâce à la présence du reste de la famille, j’ai le sentiment étrange qu’on parle de moi, je ne suis pas encore en pleine paranoïa mais je considère les petits sourires avec un regard entendu comme des provocations … ou pire : des jugements.
Je les ignore.
Mon père m’observe, je fais semblant de ne pas le voir. Tout bout en moi. Je le regarde : il quitte la table prétextant aller chercher quelque chose à la cuisine en croisant mon regard. Nous ne nous sommes pas parlé depuis hier soir… J’ai peur. Nous n’avons jamais été proches lui et moi, mais je sais que je l’aime aussi. M’aime-t-il encore ? M’a-t-il aimé ? Je noie ces questions dans les bouteilles qui passent devant mon verre…
L’heure approche de prendre le train pour retourner chez moi. A ma grande surprise mon père se propose de m’emmener à la gare. J’accepte mais je suis mort de peur.
Mes bagages préparés j’embrasse ma mère et ma sœur. Elles m’ont promis de venir me voir d’ici une semaine ou deux. Elles ne l’avaient jamais fait jusque là…
Dans la voiture mon père rompt le silence
La père & le fils
- Je ne sais pas quoi te dire, ne crois pas que j’approuve ou pas. Mon avis n’est pas intéressant. Je ne comprends pas c’est tout. Je cherche à savoir ce qui n’a pas été pour qu’on arrive là
- Papa, tu n’as pas te poser ce genre de questions
- Ce n’est pas facile, ce n’est pas facile, …
- Papa, je vous aime
- Moi aussi, mais…
- Mais quoi ?
- Rien…
- Si parles maintenant !
- Je ne peux pas parler
- Tu ne peux pas ou tu ne veux pas
- Ecoute, … c’est comme ça
Le silence reprend ses droits, jusqu’à la gare
Le fils
Mon père m’a embrassé moins froidement et m’a laissé en me souhaitant un bon voyage sur le quai. Je suis impatient de retrouver mon studio, ma solitude. Même si je me sens moins seul depuis que je leur ai dit.
Mon portable vibre. Un message. « Papa portable »
« je t’aime : laisse- moi du temps. Rentre bien. Ton papa »
Je ferme les yeux et quand je les ouvre pour voir le paysage il est trouble, les larmes ont envahis mes yeux. Une petite fille me regarde timidement en train de m’essayer les larmes avec le dos de la main. Je lui souris, lui retourne son sourire et je lui tire la langue. Elle rigole.
Je ne suis pas heureux, mais je me ressens vivre …
22/12/07 - 20:39
Oui un jour je ferais pareil .... je sens que ca va etre ce noel ci mais je ne le sens pas, je me sens pas suffisamment bien en ce moment pour en parler ...
reveurreveur